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Processus du TROU NORMAND :
« Un rite, j'allais dire un rituel, s'attache à cette coutume.
Je me suis amusé un jour, à l'intention de mes étudiants du cours de gastronomie que j'avais créé à l'université de Caen, à le décomposer en 26 mouvements ! On peut en faire le résumé suivant.
Bien sûr, il faut se mettre debout ! Tous les convives se sentent plus solidaires les uns des autres, et cela donne plus de solennité au geste – ce que ne permet pas le sorbet que l'on prend assis et avec une petite cuillère.
Sans perdre de vue le but thérapeutique recherché, il est bon de satisfaire les différents sens qui doivent entrer en jeu.
D'abord la vue. Il convient d'admirer la robe de son calvados. Il est évident qu'elle doit être parfaitement limpide, sans aucune impureté. La robe ne doit pas être trop claire , mais pas davantage trop foncée. Trop clair, le calvados est trop jeune et pour moi inconsommable. Trop brun , il est trop âgé pour ce qui lui est demandé. Selon moi il doit avoir encore l'impétuosité, la spontanéité d'un jeune calvados tout en ayant déjà perdu une grande partie de son agressivité. Un calvados de cinq ou six ans d'âge me paraît parfait.
Après avoir déduit ainsi son âge, il faudra le humer afin d'analyser toute sa richesse gastronomique. Pour ce faire, il faut "mucher" au creux de sa main le petit verre, afin que le réchauffement du liquide permette le dégagement des esters les plus volatils et les plus parfumés. C'est pourquoi le verre ne doit pas être rempli jusqu'en haut, sinon les esters se répandent dans l'atmosphère. L'analyse des parfums permettra, tout comme au vin, de découvrir au calvados, son arôme, son bouquet, de retrouver son terroir et pour terminer, cette délicieuse odeur de pommes si caractéristique qui fait surgir des images superposées de campagnes verdoyantes, de chemins creux, de vergers de pommiers en robe rose, de pommes multicolores, de cidre pétillant, de joie, de liberté, de vacances.. Un connaisseur ne manquera pas d'observer les larmes laissées sur les parois intérieures du verre pour compléter son analyse.
Ensuite chacun des convives humectera ses lèvres pour éviter l'effet de surprise aux papilles gustatives. Il faut prélever une légère gorgée de l'eau-de-vie en ayant soin d'absorber en même temps un peu d'air chargé des esters de la partie supérieure du verre. Il fera glisser la prise au-dessus de sa langue puis sur l'ensemble des muqueuses buccales afin de parfaire son jugement.
Enfin le maître de maison donnera le signal et tous les convives, ensemble, videront leur verre d'un trait, en faisant ce qu'on appelle « cul sec ».
Certains s'élèvent contre cette "profanation". A ceux-là je dirai qu'il faut savoir ce que l'on veut : ou bien l'on veut, avec un calvados de grande qualité et d'âge, faire une bonne dégustation subtile, délicate et alors il vaut mieux attendre la fin du repas, ou bien l'on veut faire le trou normand authentique. Celui-ci n'est possible que si on le pratique en faisant cul sec, et je m'explique.
Si le verre de calvados est absorbé en de multiples petites prises répétées, plus ou moins rapides, une partie de l'alcool et accessoirement de l'acide malique, est absorbée directement par osmose à travers le tissu épithélial de la muqueuse buccale et entre immédiatement en circulation dans le sang pour gagner notamment le cerveau.. On perd ainsi tout le bénéfice escompté du stress qui ouvre les sphincters et des réactions chimiques qui neutralisent et l'alcool et les graisses.
Contrairement à ce que l'on pourrait croire, une légère prise de calvados au milieu du repas ne monte jamais à la tête si l'on vide son verre par cul sec.
Puis on s'assoit et on attend quelques poignées de secondes avant de recommencer à manger d'abord pour laisser le temps au calvados de faire son effet, mais aussi pour savoir s'il a de la longueur au goût ».
D'aprè l’ouvage « Notre Trou Normand »
avec l’autorisation de l’auteur, Monsieur Jean COLLIN,
Professeur à l’Université de CAEN Chevalier de la Confrérie
Ouvage paru aux Editions de la Lieutenance à Honfleur(Calvados)
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